Télécharger des musiques ou des vidéos en respectant le droit d’auteur, tel est le but des systèmes de DRM. Problème : ils sont incompatibles entre eux et parfois même piratés.
Actuellement un grand nombre d’oeuvres, qu’il s’agisse de musique ou de films, sont distribuées en format numérique via Internet gratuitement — ce qui est illégal puisque les ayants droit de ces oeuvres ne sont pas rémunérés. Il n’est pas certain que la situation, favorable aux consommateurs, se prolonge indéfiniment. En effet, les industries du disque et du cinéma sont bien décidées à faire respecter le droit d’auteur.La clé de voûte de la distribution légale d’oeuvres sous format numérique est technique : ce sont les systèmes dits de gestion des droits numériques ou DRM (Digital Rights Management). Ils permettent la distribution contrôlée des oeuvres tout en rémunérant les titulaires des droits d’exploitation. En pratique, les systèmes
de DRM actuels visent à restreindre l’utilisation d’oeuvres numériques ; en clair, à limiter voire interdire toute copie. Tous reposent sur les mêmes principes : ajout au fichier musical de métadonnées identifiant l’acheteur du fichier et définissant les règles qui encadrent son utilisation (durée d’utilisation, possibilité de transfert sur d’autres supports...), cryptage de l’ensemble nécessitant l’obtention d’une clé pour lire le fichier et les informations qui l’accompagnent, utilisation d’un lecteur reconnaissant le système de DRM employé. Résultat : le fichier téléchargé ne peut être lu que par une personne ayant acquitté les droits d’utilisation. Ces systèmes sont propriétaires, même s’il existe, comme nous le verrons, des tentatives de standardisation.
Un des systèmes de DRM les plus connus s’appelle Fairplay. Il a été développé par Apple pour son site de téléchargement, iTunes Music Store, qui propose des fichiers en AAC (Audio Advance Coding) qui est la couche audio de la norme MPeg4. Dans le cas de Fairplay, la clé de décryptage, stockée dans le fichier ACC, est elle- même cryptée et nécessite donc une seconde clé, personnelle, pour être décryptée. Celle-ci est délivrée à l’utilisateur au moment de l’achat d’un fichier musical, sur iTunes. Après le décryptage de la clé, celui-ci pourra lire le fichier et le copier, conformément aux droits qui lui sont associés.
Le principal concurrent de Fairplay est Windows Media DRM, de Microsoft. Il s’applique aux formats audio Windows Media Audio (WMA) et vidéo Windows Media Video (WMV). Ce système diffère de Fairplay en ceci que la licence définissant les modalités d’utilisation du fichier et la clé servant à le décrypter sont stockées dans un serveur distinct du site de téléchargement (serveur de gestion des droits) et non dans le fichier. La première fois que l’utilisateur lit le fichier avec Windows Media Player, ce dernier se connecte sur le serveur de gestion des droits, télécharge la licence et la clé de décryptage. Cette méthode permet de gérer des services de musique en ligne par abonnement. Lorsque l’abonnement prend fin, il faut se connecter au serveur de gestion pour le prolonger, sinon les fichiers deviennent illisibles. Windows Media DRM introduit ainsi une notion de droit temporaire d’utilisation des oeuvres sous format numérique alors que, avec Fairplay, les fichiers sont acquis une fois pour toutes.
Si Fairplay et Windows Media DRM sont les systèmes les plus connus, c’est que les formats auxquels ils sont associés (AAC pour Apple et WMA / WMV pour Microsoft) sont utilisés dans les baladeurs numériques, autres que les MP3. Les autres systèmes, comme Helix, de Real Networks, sont peu employés car ils ne sont pas associés à un format populaire. Le problème des DRM est qu’ils sont incompatibles entre eux. Un fichier acheté sur iTunes, par exemple, ne peut être lu que sur un iPod. Ce qui est préjudiciable pour l’utilisateur d’où l’idée de développer un standard assurant l’interopérabluté des DRM. Une première piste a consisté à développer un dialecte XML offrant une syntaxe commune de commune de définition des droits associés à une oeuvre numérique.
C’est ainsi que Content Guard, une co-entreprise détenue par Microsoft et Xerox, a développé XRML (eXtended Rights Mark-up Language), lui- même concurrencé par XMCL (eXtensible Media Commerce Language), de Real Networks. De son côté, un consortium d’industriels regroupant Inter- trust, Matsushita, Philips, Samsung et Sony, a développé un standard permettant de lire une oeuvre quel que soit le système de DRM utilisé. Plus récemment, Sun Microsystems a lancé un projet open source de plateforme de gestion des droits numériques. Aucune de ces initiatives ne s’est imposée à ce jour, faute du soutien d’Apple et de Microsoft.
Autre chantier :
l’adaptation de cette thématique à l’univers de la mobilité avec l’arrivée du haut débit mobile, amenant d’autres acteurs à se placer sur ce terrain, dont les opérateurs et les fabricants de portables. Ceux-ci, regroupés au sein de l’open Mobile Alliance (Oma), ont leur propre système de DRM (Oma DRM). L’interopérabilité est ici aussi un point essentiel pour qu’une musique téléchargée puisse être écoutée sur n’importe quel téléphone mobile et sur les PC.
Autre sujet de préoccupation : la fiabilité des DRM. Le célèbre hacker Jon Lech Johansen, alias DVD Jon, a ainsi mis au point une méthode visant à contourner Fairplay. De même, des pirates ont exploité une faille de Windows Media DRM et du format WMV, amenant des internautes à télécharger, via Windows Media Player, des logiciels espions, au lieu de la licence d’exploitation de ces vidéos.